Retour sur notre 9e session du Café IA, organisée en partenariat avec le Village by CA Côtes d’Armor, le Medef, la CCI des Côtes-d’Armor et l’UIMM. Au programme : L’IA au service de l’agriculture.

Le Café IA est un cycle de rencontres conçu pour accompagner les TPE et PME des Côtes-d’Armor dans leur découverte et leur appropriation de l’intelligence artificielle. Cette édition consacrée à l’IA dans le secteur agricole a permis de mettre en lumière des cas d’usage concrets à travers les témoignages d’acteurs qui expérimentent et déploient ces technologies au quotidien.

Lors de cette session, nous avons eu le plaisir d’accueillir Mathilde RADEK du Groupe Gouessant, Morann MATTINA de l’Institut Boussingault, ainsi que Yann DUHAMEL d’ELOI, qui ont partagé leur expertise et leurs expériences avec les participants.


Mathilde Radek présente la stratégie IA du Gouessant : la donnée au service des éleveurs

Une coopérative agricole qui mise sur la donnée

Depuis 2019, la coopérative agricole Le Gouessant, basée à Lamballe, mène une importante transformation numérique afin d’intégrer la donnée et l’intelligence artificielle dans ses activités. Présente dans les filières porcines, bovines et avicoles, elle accompagne plus de 4 000 adhérents et emploie plus de 900 salariés. Pour l’entreprise, l’IA n’est pas une fin en soi, mais un outil destiné à améliorer les performances des élevages et à faciliter la prise de décision.

Une transformation numérique indispensable

Pour rendre ces outils réellement efficaces, Le Gouessant a progressivement amélioré sa collecte de données grâce à l’outil Aunéor. Les informations sont désormais remontées quotidiennement et de façon standardisée. Cette évolution a permis de construire un véritable « jumeau numérique » des élevages, capable de comparer les performances réelles aux prévisions et de générer des alertes en cas d’anomalie.

Des prédictions pour mieux gérer les élevages

Le premier projet a été développé dans la filière des poules pondeuses. Les équipes souhaitaient prédire la production d’œufs, déterminer la date optimale de réforme des poules et détecter rapidement les problèmes susceptibles d’affecter les performances des élevages.

Malgré des données souvent incomplètes et encore saisies sur papier, un premier modèle prédictif a été créé à partir d’un important historique de données. Les résultats ont montré qu’il était possible d’anticiper certaines baisses de production et d’aider les éleveurs à mieux planifier leurs activités.

L’humain au cœur du projet

L’un des principaux enseignements de cette démarche est que l’intelligence artificielle ne peut fonctionner sans l’expertise humaine. Les éleveurs, techniciens, data scientists et informaticiens ont dû travailler ensemble pour développer des outils adaptés aux besoins du terrain. L’entreprise a également veillé à proposer des applications simples et faciles à utiliser afin de favoriser leur adoption.

Une innovation tournée vers l’avenir

L’expérience menée par Le Gouessant montre que la réussite d’un projet d’IA repose avant tout sur la qualité des données et l’implication des utilisateurs. En quelques années, la coopérative est passée d’une phase expérimentale à des solutions prédictives utilisées au quotidien. Une preuve que l’intelligence artificielle peut devenir un véritable levier d’innovation pour l’agriculture lorsqu’elle répond à des besoins concrets et s’appuie sur l’expertise des professionnels.

 

 


Morann Mattina présente la nouvelle formation d’ingénieur : former les experts hybrides de l’agro-industrie et du numérique

Le CNAM Bretagne et l’Institut Boussingault lancent une formation pour répondre aux besoins de la transformation numérique du secteur agricole et agroalimentaire.

Un secteur agricole en pleine transformation

Lors du café IA, Morann Mattina a présenté un constat clair : l’agriculture et l’agroalimentaire doivent aujourd’hui faire face à des défis majeurs comme le changement climatique, la performance des exploitations ou encore l’optimisation des ressources. Pour y répondre, l’usage de la donnée, du numérique et de l’intelligence artificielle devient incontournable.

Cependant, le secteur manque encore fortement de professionnels capables de faire le lien entre les métiers du vivant et les technologies numériques.

Une formation d'ingénieur à double compétence

Le cursus proposé par le CNAM Bretagne repose sur une double expertise :

Agro-industrie : comprendre les filières du vivant

Les étudiants acquièrent une vision globale des filières :

  • productions végétales et animales ;
  • génétique, semences et élevage ;
  • transformation agroalimentaire ;
  • chaîne de production jusqu’au produit final.

 

Systèmes numériques : exploiter la donnée

L’autre pilier de la formation concerne les technologies numériques :

  • collecte et traitement des données ;
  • analyse statistique ;
  • machine learning ;
  • intelligence artificielle appliquée à la prise de décision.

Une formation en alternance et ouverte à des profils variés

Proposée sur trois ans en alternance, la formation recrute des étudiants issus aussi bien de l’agronomie que de l’informatique. L’objectif est de créer des promotions mixtes afin de favoriser la complémentarité des compétences.

Elle sera dispensée au Zoopole de Ploufragan, dans des locaux rénovés, avec une ouverture prévue en septembre 2026. Le diplôme est délivré par le CNAM et reconnu par la Commission des Titres d’Ingénieur (CTI).

Un manque de profils hybrides sur le marché

Morann Mattina insiste sur un problème structurel : les profils capables de maîtriser à la fois l’agriculture et le numérique sont très rares.

Quelques chiffres illustrent ce déséquilibre :

  • seulement 3 % des ingénieurs agronomes se tournent vers le numérique ;
  • seulement 5 % des ingénieurs généralistes travaillent dans l’agroalimentaire.

Cette double pénurie limite fortement la capacité des entreprises à réussir leur transformation digitale.

Une vision réaliste de l’intelligence artificielle

L’intervenant rappelle également que l’intelligence artificielle, notamment générative, peut produire des résultats impressionnants mais comporte encore des erreurs. Elle doit donc toujours être utilisée avec un regard critique et une validation humaine.

Des applications concrètes dans les filières

La formation prépare à intervenir sur des projets tels que :

En agriculture :

  • prévision des récoltes ;
  • détection de maladies animales ;
  • analyse du comportement des élevages via des capteurs ou la vision par ordinateur.

 

En agroalimentaire :

  • optimisation des lignes de production ;
  • amélioration du contrôle qualité ;
  • réduction des pertes et de la consommation énergétique.

Pour Morann Mattina, cette nouvelle formation répond à un enjeu majeur : former des ingénieurs capables de comprendre à la fois les systèmes agricoles et les technologies numériques.

Dans un contexte de forte digitalisation du secteur, ces profils hybrides seront essentiels pour piloter les projets de transformation, tout en gardant une approche critique et centrée sur l’expertise humaine.

 

 

 


Yann Duhamel présente l’utilisation de l’intelligence artificielle chez Eloi pour faciliter la transmission des exploitations agricoles

La start-up Eloi utilise l’intelligence artificielle pour accompagner les cédants et les repreneurs, tout en conservant l’humain au cœur des décisions.

Faciliter la transmission des fermes grâce au numérique

Lors du Café IA, Yann Duhamel a présenté la manière dont la start-up Eloi intègre l’intelligence artificielle dans ses activités. Spécialisée dans l’accompagnement à la transmission des exploitations agricoles, l’entreprise cherche à répondre à un enjeu majeur : assurer le renouvellement des générations d’agriculteurs et préserver la souveraineté alimentaire française.

Contrairement aux idées reçues, l’agriculture continue d’attirer de nombreux porteurs de projets. Eloi compte aujourd’hui près de 10 000 candidats inscrits sur sa plateforme et accompagne plusieurs centaines d’exploitations dans leur recherche de repreneurs.

Une IA conçue comme un outil d’aide à la décision

Depuis le début de l’année, ELOI expérimente plusieurs usages de l’intelligence artificielle. L’objectif n’est pas de remplacer les équipes, mais de leur faire gagner du temps sur certaines tâches administratives ou répétitives.

Yann Duhamel a insisté sur un principe fondamental : la décision finale reste toujours humaine. Cette précaution est particulièrement importante dans le cadre d’une transmission agricole, où les aspects humains, familiaux et émotionnels jouent un rôle essentiel.

Un premier outil pour aider les cédants à analyser les candidatures

L’un des principaux outils développés par Eloi est l’« Avis IA ». Lorsqu’un candidat se positionne sur une exploitation, l’intelligence artificielle analyse son expérience, sa formation, son projet professionnel ainsi que les caractéristiques de la ferme concernée.

L’outil génère ensuite un avis synthétique et un score de compatibilité permettant au cédant d’identifier plus rapidement les profils les plus pertinents. Cette fonctionnalité facilite la lecture des candidatures, notamment lorsque plusieurs dizaines de personnes postulent à la reprise d’une même exploitation.

Toutefois, le score n’a qu’une valeur indicative : le choix final appartient toujours à l’agriculteur.

Un assistant numérique pour les coordinateurs

Eloi a également développé un « Super Assistant » destiné à ses coordinateurs, les collaborateurs chargés d’accompagner les agriculteurs sur le terrain.

Grâce à l’IA, certaines tâches peuvent être automatisées :

  • rédaction de courriels ;
  • création de comptes rendus ;
  • suivi administratif des dossiers ;
  • synthèse d’informations pour les cédants.

Cette automatisation permet aux équipes de consacrer davantage de temps aux échanges avec les agriculteurs et à l’accompagnement personnalisé.

L’IA au service du développement et de la communication

La start-up utilise aussi l’intelligence artificielle pour accélérer le développement de ses outils numériques. Les développeurs s’appuient notamment sur l’IA pour générer des tests permettant de vérifier le bon fonctionnement des nouvelles fonctionnalités.

Par ailleurs, Eloi produit des articles et contenus informatifs avec l’aide de l’intelligence artificielle. Tous ces contenus sont cependant relus et validés par des experts afin d’éviter les erreurs ou les informations inexactes.

Le contrôle humain comme règle absolue

Tout au long de la conférence, Yann Duhamel a rappelé que l’IA ne devait jamais fonctionner de manière totalement autonome. Chaque résultat produit est systématiquement vérifié, corrigé et validé par un collaborateur.

Cette approche permet à l’entreprise de bénéficier des gains de productivité offerts par les nouvelles technologies tout en conservant l’expertise humaine au cœur du processus

L’exemple d’Eloi montre que l’intelligence artificielle peut apporter une réelle valeur ajoutée dans le secteur agricole lorsqu’elle est utilisée comme un outil d’assistance. Aide à la sélection des repreneurs, automatisation administrative ou création de contenus : les applications sont nombreuses.

Pour Yann Duhamel, la réussite de cette transformation repose sur un équilibre simple : utiliser l’IA pour gagner du temps, tout en laissant aux professionnels la responsabilité des décisions dans un domaine où les relations humaines restent essentielles.

 

 

 

Le prochain Café IA aura lieu le 22 septembre.
Thème : IA et référencement.

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