Le mercredi 1er juillet 2026, le Village by CA Côtes d’Armor, le Medef, l’UIMM et la CCI accueillaient une soirée consacrée à l’intelligence artificielle en entreprise, organisée autour d’une promesse claire : permettre aux dirigeants de passer de la curiosité à une démarche IA utile, structurée et responsable.

Pendant deux heures, entrepreneurs, experts et acteurs de l’accompagnement se sont succédé pour partager cas concrets, méthode, repères juridiques et feuille de route. Animée à deux voix par Lénaïck Hémery (Village by CA Côtes d’Armor) et Charlotte Mignot (MEDEF 22), la soirée s’est tenue à la salle Côtes d’Armor du Village by CA, à Ploufragan.
L’IA est déjà à l’œuvre dans les entreprises locales
Le premier temps fort a donné la parole à trois dirigeants du territoire : Jacques-Yves Harscouet, CEO et co-fondateur d’Openeat, Gwendal Bocher, co-fondateur de RNP Vision et dirigeant de Breizh Mapping, et Loïc Gallo, dirigeant de BSF28. Chacun a partagé la manière dont il s’est lancé (formation, e-learning, échanges avec des pairs), le problème concret qu’il cherchait à résoudre avec l’IA, les usages aujourd’hui réellement intégrés dans ses pratiques et ce que cela a changé : gain de temps, qualité, réactivité, expérience client ou production. Les intervenants ont également évoqué les erreurs et illusions à éviter pour une entreprise qui démarre.
Une conviction partagée par les trois dirigeants : l’IA n’est pas réservée aux grandes entreprises. Elle devient utile dès qu’elle répond à un problème concret du quotidien.




Passer des tests dispersés à une démarche structurée
Jean-François Galles, expert en IA et stratégie digitale, a répondu à une question que beaucoup de dirigeants se posent : comment adopter l’IA sans tomber dans le gadget ?
Son constat : tout le monde utilise déjà l’IA, mais les gains ne sont pas automatiques. Le vrai enjeu est de passer d’usages individuels et dispersés à une démarche collective, encadrée et mesurable.
Sa méthode tient en quatre étapes : partir des vrais problèmes du terrain en discutant avec les équipes et en commençant petit ; impliquer les collaborateurs, y compris les sceptiques, en s’appuyant sur des « champions » internes ; poser des règles claires (charte IA, outils autorisés, protection des données) ; et enfin tester, mesurer les gains et partager ce qui fonctionne, car les idées viennent en faisant.

Il a aussi pointé les pièges classiques : viser trop compliqué au départ, croire que l’IA résoudra un problème mal défini, oublier d’adapter son organisation, devenir dépendant des outils au point de perdre son savoir-faire, ou laisser filer les coûts sans mesurer les résultats.
Pour choisir par où commencer, il propose deux outils simples : une grille de notation des cas d’usage (fréquence de la tâche, impact, temps perdu, facilité de mise en œuvre…) et le calcul du « coût de l’inaction », c’est-à-dire ce que coûte chaque mois le fait de ne rien changer. Son exemple : 88 heures perdues par mois, soit plus de 4 000 €, de quoi justifier un investissement.
Et une formule à retenir : la bonne question n’est pas « quelle IA utiliser ? », mais « quel problème voulons-nous mieux résoudre ? ».
L’IA dans les fonctions support : RH, finance, communication
Trois dirigeantes ont ensuite montré que l’IA ne concerne pas que la production ou la technologie : Sophie Boiron (Feuillette Langueux et Trégueux), Anne-Sophie Chanieau (DAF de Leclerc Plérin) et Amandine Garcia (agence de communication 2Kom).
Leurs exemples parlent à toutes les entreprises : préparer des entretiens et des fiches de poste côté RH, automatiser le reporting et les tâches répétitives côté finance, produire et décliner des contenus côté communication.
Toutes trois en tirent la même leçon : l’IA apporte des gains rapides dans les fonctions support, à condition d’encadrer les usages et de toujours garder une validation humaine.
Sécuriser les usages : droit, données, souveraineté
Aurélie Bourgault, avocate chez FIDAL spécialisée en numérique et données, a rappelé ce qu’un dirigeant doit sécuriser avant de déployer l’IA.
Pour rendre le sujet accessible, elle a comparé l’IA à une voiture : le chatbot est la voiture, le modèle de langage le moteur, la puissance de calcul les chevaux et les données le carburant. Or ces données sont encadrées par plusieurs réglementations (RGPD, IA Act notamment), et les conditions d’utilisation des fournisseurs d’IA méritent d’être lues attentivement, en particulier sur la propriété intellectuelle.
Ses conseils pratiques : recenser les usages de l’IA dans l’entreprise, identifier les données concernées, vérifier les contrats avec les fournisseurs, lister les outils autorisés ou interdits, former les équipes et privilégier les offres professionnelles.
En un mot : encadrer l’IA, ce n’est pas freiner l’innovation, c’est permettre un usage sécurisé et durable.




Qui peut aider les entreprises à passer à l’action ?
Bonne nouvelle pour les entreprises : elles ne sont pas seules. Plusieurs dispositifs locaux peuvent les accompagner, avec parfois une prise en charge partielle des coûts.
Pour faire le point et structurer sa démarche : le diagnostic de maturité IA de l’EDIH Bretagne, les défis transition numérique de Breizh Fab ou le volet conseil de Bpifrance. Pour passer à l’action : les ateliers IA et les Cafés IA du Village by CA Côtes d’Armor, et les ateliers de la CCI Côtes d’Armor.
Quatre personnes ressources peuvent orienter les entreprises : Lénaïck Hémery (Village by CA), Charlotte Mignot (MEDEF 22), Rénald Lelièvre (CCI Côtes d’Armor) et Pierre Dessaix (UIMM 22).
« Mon premier pas IA dès demain »
La soirée s’est conclue sur quatre messages à retenir : partir d’un problème métier, pas d’un outil ; prioriser les cas d’usage selon l’impact et la faisabilité ; encadrer les usages pour protéger les données et l’entreprise ; s’appuyer sur les bons interlocuteurs pour accélérer.
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